Texte de Mario Guastoni

Publié dans la revue LIGEIA, Dossiers sur l’Art

Juillet-Décembre 2016

Rubrique « Expositions »

 

Christine Busso

La Halle Saint-Pierre, Paris

 

            C’est une œuvre étrange et inédite que celle de Christine Busso, disparue à l’âge de 41 ans. Née en 1967 à Mont-Saint-Martin (Meurthe et Moselle), petite ville à la frontière belgo-franco-luxembourgeoise, elle a poursuivi de brillantes études d’histoire de l’Art à la Faculté de Lyon, suivies de cinq ans de formation aux Beaux-Arts de Saint-Etienne, avant de se lancer dans une recherche picturale personnelle.

            Son œuvre au raffinement initiatique a pris naissance dans le labeur, le silence et la solitude. Loin des modes et des rumeurs du monde, elle travaille sans relâche, acharnée, passionnée et concentrée sur son univers intérieur, onirique et merveilleux. Selon ses propres mots, elle aspire à « voir les images s’alléger, les couleurs atteindre une pureté minérale ». Elle ne vit alors que pour sa peinture. La quête d’une alchimie surréalisante des couleurs et des textures est sa seule nourriture spirituelle. Ses aquarelles étrangement travaillées se présentent comme des parchemins imbibés de couleurs éclatantes ou d’ors vieillis aux reflets nocturnes. Elle joue sur l’effet de palimpseste en suspendant l’image entre figuration allusive et abstraction. L’artiste n’a jamais exposé de son vivant car elle considérait - à tort - que son travail n’était pas abouti.

            Cependant, après sa disparition, la découverte de son œuvre aussi considérable que stupéfiante oblige au devoir de mémoire par une exposition qui donne vie à ce travail jusqu’alors secret. Les quelque deux cents pièces exposées au public dans le Cycle inspiré de la mythologie, « La Toison d’Or », montrent une œuvre légère et subtile, accompagnée d’une maîtrise picturale incontestable. Dans un de ses écrits de juillet 1994 ne l’a-t-elle pas en quelque sorte théorisé : « Pourquoi pas, après avoir récompensé et promu ce qui se voyait du beau et du bien, puis ce qui ne se voyait plus (années 70-80) dans l’art, c’est-à-dire les concepts sous-jacents, pourquoi n’en viendrait-on pas à récompenser les concepts structurants, régénérants et porteurs, en tant qu’ils sont précieux à l’humanisme de l’art, en tant qu’ils sont garants d’une justesse de civilisation et de ce qu’ils constituent des fondements humanitaires universels, régénérés ou plus exactement reprécisés ? Art, pouls de la civilisation en un temps donné ».

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Montpellier-infos. Christine Busso, Artiste du mois. Octobre 2016.

Michel Puech

 

Le peintre porte en lui son univers poétique, qu’il doit d’abord découvrir lui-même tout en acquérant les techniques, le métier lui permettant de le rendre visible. Loin de toute influence, dans la solitude de son atelier, Christine Busso s’est consacrée à cette introspection et à l’élaboration d’une oeuvre riche et unique, qui porte de toute évidence les signes essentiels caractérisant les créations solides et originales : celles de la variété, de la cohérence et de la sincérité.

Son oeuvre frappe d’entrée par ce sentiment de fragilité et de préciosité. De riches et subtiles harmonies de couleurs, soyeuses comme des tissus orientaux, séduisent par leur charme discret mais non moins affirmé.  La maîtrise de la couleur est une des caractéristiques de cette oeuvre. Tout en subtiles harmonies, ces compositions offrent au regard une large palette, comme si l’artiste s’était méthodiquement attelée à percer les mystères des différentes résonances des combinaisons colorées les plus délicates et raffinées. Une peinture est une somme de contrastes et d’harmonies, tant en ce qui concerne le trait que la couleur, l’équilibre ou non des deux déterminant l’effet de l’ensemble, de la douceur à la violence. Aucune impétuosité ne surgit de ces peintures tout en douceur, élégance et délicatesse. Le dessin, discret mais indéniablement présent, évoque plus qu’il ne décrit et précise. Il laisse apparaître un univers mythique, parfois mystique, où chacun pourra deviner personnages ou animaux selon la perspicacité et l’imagination mises au service du regard. Christine nous a laissé quelques pistes d’interprétation avec les titres et les références. Mais comme elle-même s’est laissée sans doute porter dans son élan créatif  par l’intuition, le spectateur doit promener sur l’oeuvre sa propre imagination. On ne «lit» pas une peinture, on se laisse envahir, posséder, comme on peut le faire à l’écoute de la musique, surtout du jazz, lorsqu’on se laisse «embarquer» par l’improvisation et le feeling. Mais le temps toutefois différencie ces deux disciplines, autant le jazz est l’art de l’immédiateté, autant la peinture, et en particulier celle de Christine, s’inscrit dans le temps, la méditation.

Le support privilégié est le papier, différentes sortes de papier, de grammage, de grainage, de consistance, souvent de petit format, comme pour ne rien laisser au hasard, tout maîtriser dans cette alchimie, dans cette magie de mélange de techniques. Car sur le même support elle utilisait autant l’aquarelle, la craie d’art, la peinture à l’huile, l’acrylique, et ceci pour un résultat homogène et cohérent.

Christine Busso s’est probablement «engagée» en peinture comme elle aurait pu le faire pour une expérience spirituelle. Krishnamurti déclarait : «J’affirme que la Vérité est un pays sans chemin, et qu'aucune route, aucune religion, aucune secte ne permet de l'atteindre...  La Vérité ne peut être mise à la portée de l’individu, c'est à l’individu de faire l'effort pour monter jusqu'à elle.» L’individu est ainsi condamné à la solitude et à l’introspection mais aussi confronté à sa richesse et à son originalité, qu’il peut transmettre et offrir.  

Christine Busso est décédée en décembre 2008. Sa mère Marie-Claude, demeurant à Sète, a alors découvert ce travail étonnant et s’est enagagée à le faire connaître en organisant des expositions à travers toute la France. C’est dans la galerie de la chapelle des Pénitents de Cournonterral qu’elle le présentera prochainement. Un site a été créé et un catalogue devrait prochainement paraître.

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© Marie Claude Busso